Noël 1997 à New York. Un opéra est donné au Carnegie Hall. Tout le monde s'installe et attend la représentation. Comme toujours, certains arrivent en retard, et notamment une jeune femme blonde en robe de soirée noire accompagnée d'un homme. Pourquoi s'en rappeler ? Parce qu'elle s'installe devant moi alors que cela avait déjà commencé. Un opéra bien classique mais je ne connais pas la cantatrice, une certaine Melissa Pierce. Elle commence son premier solo. Après quelques instants, son regard plonge dans le public. J'ai l'impression qu'elle me regarde, mais c'est la jeune femme qui est arrivée en retard qu'elle contemple avec une intensité troublante. Une sensation de chaleur s'empare de mon corps à cet instant. Serait-ce la fièvre ?
C'est alors que le prince s'embrase, suivi du roi et des gardes. Plutôt impressionnant, cela semble si réel et sans rapport avec la pièce. Mais quels sont ces cris dans le public ? D'où sortent ces flammes dans le public ? Des gens tombent des balcons, la panique s'empare de la foule. Je m'apprête à suivre, mais j'ai si chaud, j'ai l'impression d'être dans une fournaise. Peut-être suis-je en train de crier alors que je me lève de mon fauteuil pour me diriger vers la sortie. Les gens tentent de s'écarter sur mon passage. Je m'étonne que la jeune femme blonde ne s'éloigne pas comme les autres et que la cantatrice continue son solo. Je…Je…
Voici à quoi pourrait ressembler le récit d'un témoin de la scène qui débute ce jeu.
Un survival horror au scénario plutôt solide. Nous voici donc dans un jeu qui ressemble fort à un
survival-horror. Que peut donc apporter ce jeu par rapport à la référence du genre de l'époque :
Resident Evil ? Je mettrai l'accent sur le scénario qui se démarque. L'histoire est tirée d'un roman, ce qui suggère déjà un background plutôt solide. Les combustions spontanées de la première scène et la transformation des petits rats de l'opéra en rats géants à la mâchoire difforme et à la queue enflammée sont des phénomènes qu'il vous faudra expliquer dans cette aventure où vous incarnez l'officier Aya Brea de la police de New York (tiens, la blonde du début du récit…). Pour vous donner l'eau à la bouche et pour comprendre la solidité du scénario, livrons-nous à un petite réflexion de biologie que personne n'est obligé de lire :
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Dans toutes les cellules eucaryotes, c'est-à -dire qui possèdent un noyau, il existe des structures appelées mitochondries qui permettent la production d'énergie (les puristes diront synthèse de molécules à haut potentiel énergétique). Ce sont de façon schématique les centrales nucléaires des cellules eucaryotes. Les organismes comme les champignons, les végétaux et les animaux (dont l'Homme) sont composés de cellules eucaryotes. Toute structure biologique n'a pas un rendement de 100 %, et la dégradation des nutriments permet en partie la production d'énergie, le reste étant perdue sous forme de chaleur (tiens, tiens…). Si toutes les mitochondries fonctionnaient à plein régime en même temps, la température d'un corps s'élèverait de plusieurs centaines de degrés sans difficulté.
Par ailleurs, la dépendance des cellules eucaryotes est encore plus grande puisque les mitochondries peuvent envoyer des signaux selon l'environnement de la cellule qui induisent la mort cellulaire par apoptose « le suicide cellulaire des médias ».
Mais plus intéressant encore, les mitochondries ont leur propre ADN (support de l'information génétique) et les mitochondries se divisent de façon indépendante. Des arguments biochimiques et moléculaires conduisent les scientifiques à la théorie selon laquelle les mitochondries étaient autrefois des bactéries du genre Rickettsia que les cellules eucaryotes ont récupérées et « asservies ». Maintenant imaginons que les mitochondries ne veuillent plus « obéir » au noyau de la cellule…
Des mitochondries et des hommes… Une longue histoire dont la fin pourrait se jouer maintenant. En résumé, une histoire sordide où le pire ennemi se trouve en soi. Voilà donc pour l'aparté biologique qui témoigne d'une bonne culture de l'auteur du roman,
Hideaki Sena. Pour être plus précis, l'histoire du jeu se déroule après les évènements du roman, il y a donc bien une part d'innovation de nos développeurs. Vous retrouverez tous ces éléments dans les premières heures du scénario. Si l'histoire est un peu linéaire, le déroulement de celle-ci est bien mené et on souhaite à chaque fois en savoir un peu plus. Pour les plus sceptiques sur le scénario, voici un dernier argument de poids : le développeur et l'éditeur du jeu ne sont autres que Squaresoft !
Un jeu dans lequel les racines de Squaresoft ont la vie dure… J'entends déjà certains murmures : « Squaresoft, ce sont plutôt des spécialistes des RPG, non ? ». Ce qui m'amène directement au gameplay où l'on reconnaît la touche Squaresoft. Comme très souvent, c'est simple et intuitif. Lors des explorations, un bouton pour fouiller, un bouton pour courir (car Aya se traîne lamentablement tel un poulpe sur une plage lors d'une canicule) et un bouton pour accéder au menu. Lors des combats en temps réel, une touche pour tirer et une touche pour utiliser vos objets ou votre « parasite Energy », un équivalent de sorts. Dans ce contexte-là , ce n'est pas très différent d'un Final Fantasy, hormis le fait que vous pouvez vous déplacer, et donc esquiver les attaques ennemies en tant réel et que vous frappez quand vous le souhaitez dès lors que votre barre d'action est pleine.
Dès que votre barre d'activité (AT en bleue) est pleine, appuyez sur la croix et choisissez votre cible. En savoir plus sur les combats : » Cliquez pour lire la suite «
Les combats ne démarrent jamais par surprise, l'écran devient gris juste avant le combat, il n'y a donc pas l'angoisse du zombi qui surgit du placard et autre source de tension perpétuelle si mauvaise pour les cardiaques. Une fois votre barre pleine (« active time », vous avez trois possibilités :
- avec la croix, vous faites apparaître le rayon de portée de votre arme, vous sélectionnez les cibles et vous donnez l'ordre de tirer.
- avec le triangle, vous ouvrez le menu des options, vous allez dans votre inventaire et vous utilisez une fiole pour vous soigner ou modifier votre état (poison, cécité, lenteur,…)
- toujours avec le triangle, vous allez sur la case PE (Parasite Energy) et vous choisissez un « sort » à lancer moyennant une certaine quantité de Parasite Energy (guérison, hâte,… Que des classiques en somme)
Et c'est tout ! C'est simple, non ? Comme cela on se concentre uniquement sur le plaisir de jouer et non sur un gameplay parfois peu intuitif.
En outre, au cours de ces combats - car, n'en doutez pas, Aya va tuer des monstres, et pas qu'un peu - Aya va pouvoir monter de niveau, ce qui augmentera ses caractéristiques offensives et défensives ainsi que le nombre total d'objets qu'Aya pourra transporter. Mais ce n'est pas tout ! Lorsque vous montez de niveau, vous acquérerez des bonus points selon votre performance que vous pourrez répartir dans vos armes ou vos capacités pour les augmenter à votre guise !!
Quelques ennemis d'Aya. En savoir plus sur l'amélioration du personnages et de l'équipement : » Cliquez pour lire la suite «
Lorsque vous montez de niveau, vous obtiendrez entre autres des Bonus Points. Moins vous avez été touché pendant les combats, plus vous engrangez de Bonus Points, avec toujours un minimum par combat. 100 Bonus Points vous donnent droit de mettre un point dans différents éléments afin de les améliorer :
- Votre personnage : vous pouvez augmenter la vitesse de remplissage de la barre d'action ou augmenter la taille de votre inventaire (vous verrez que l'on est très vite limité par la taille de son inventaire), sachant qu'il faut 300 Bonus Points pour ajouter un emplacement à votre inventaire.
- Votre équipement : Une arme est caractérisée par sa puissance, la portée du tir et le nombre de balles présentes dans le chargeur. 100 bonus points permettent d'ajouter un point dans une de ces caractéristiques. De même, votre armure est caractérisée par sa défense, sa capacité à résister aux attaques autres que physiques et à la quantité de Parasite Energy fournie. 100 bonus points permettent d'augmenter d'un point une de ces caractéristiques.
Attention, tout point attribué l'est de façon définitive une fois votre choix validé.
Les outils et Super outils permettent de prendre les capacités d'une arme et de la greffer sur une autre, donnant ainsi une arme personnalisée. Vous pouvez ainsi greffer la capacité burst à votre fusil mitrailleur préféré ou encore incorporer des dégâts de glace ou d'acidité à vos projectiles.
Bref, quelques aspects du gameplay font suggérer à des restes de RPG, mais cela n'est pas pour déplaire et incite parfois à traîner dans certains niveaux, sans compter qu'il existe une multitude d'armes et de protections et que vous pouvez les modifier à loisir grâce à des outils. Que de bonnes choses en sorte.
Un petit aperçu d'une partie de l'arsenal disponible dans Parasite Eve. Il y en a vraiment pour tous les goûts. Mais qui dit Squaresoft dit cinématiques. Ces dernières sont comme souvent très réussies. Elles ne sont pas trop longues et débarquent au bon moment dans une ambiance sombre et une atmosphère prenante. Quant aux graphismes, les décors sont sympas et très variés, les angles de vue ,fixes pour chaque écran, font parfois penser à des vues cinématographiques, les monstres sont « jolis » avec une animation correcte mais les personnages sont eux un peu trop rectangulaires et inexpressifs, sans compter le déplacement d'Aya d'une extrême lenteur, y compris pendant les combats.
Ceci n'empêche pas ce jeu d'être prenant, que ce soit par le scénario et l'atmosphère ou par une jouabilité simple et efficace ou encore grâce aux objets cachés et à la quête surprise qui se débloque lorsque vous finissez une fois le jeu.
Au final, un jeu très prenant. En bref, il faut vraiment l'essayer et le finir ne vous prendra qu'une dizaine d'heures, mais ce ne seront pas des heures perdues. Ceux qui ont eu le courage de lire mon interminable paragraphe sur la base biologique du scénario auront compris que ce jeu m'a immédiatement fasciné dans sa conception, avec sa jouabilité simple et son univers très plaisant avec pas trop d'aberrations d'un point de vue biologique.
Je me souviens de la première où j'y ai joué, peu après sa sortie : j'ai découvert ce jeu chez un ami qui avait une PlayStation. Il ne m'a rien dit, et m'a tendu la manette en allumant la console. J'ai lâché l'écran que trois heures plus tard pour aller manger.
Qu'est-ce qui vous attend derrière ces portes ? Il existe également une suite toujours sur PlayStation : plus belle, encore plus facile dans sa jouabilité, je trouve qu'elle est frappée d'un scénario inabouti qui finit en plus en queue de poisson, les personnages n'ayant par ailleurs pas un grand charisme et un background faible et inintéressant.
Je vous remercie par avance d'avoir lu cette chronique et n'hésitez pas Ã
poster des commentaires.
J'aime bien les détails que tu apportes tout en restant concis.
Même si je n'ai jamais testé le jeu, on ne m'en a dit que du bien.
Par contre je ne savais pas que c'était tiré d'un livre.
Alors pour ceux que cela interesse et après quelques recherches, l'auteur (Hideaki Sena donc) a remporté en 1995 le 1er prix d'horreur du roman japonais avec ce livre "Parasite Eve".
Le livre est édité chez Vertical Inc. mais apparement il n'existe pas de traduction française ...
Je l'ai terminé en Jap lors de sa sortie, sans trop rien comprendre au scénario, puis attendu la version Pal pour en savoir plus.
Pour ce qui est de ta remarque sur les graphismes, en fait, si ma mémoire est bonne c'est Squaresoft US qui a fait ce jeu, et il n'est pas sorti très longtemps après FF7, donc on a déjà fait un bon en avant
Juste un truc, peut-tu m'envoyer ton image d'origine où tu as écrit Chronqiue rétro, etc...J'aimerais la retoucher et te proposer quelques chose d'autre si tu es d'accord
En ce qui concerne le jeu, je l'avais commencé il y a quelques mois (juste le début) et je l'avais laché assez rapidement (pour une raison externe au jeu). Tu viens de me donner envie d'y rejouer (*ajoute le jeu à sa liste de jeu à jouer... liste très très grande).
Autrement dit, tu as atteint tes objectifs avec cette chronique: donner envie d'y jouer.
Tout comme wiegraf, il viens de repasser sur le dessus de la pile de "jeux à jouer".
Bravo zordric
Ca fait un bail que j'aimerais bien essayer ce jeu, et je n'en ai encore pas eu l'occasion ou bien le temps. Cette chronique tombe très bien pour moi parce que je ne connaissais pas vraiment bien l'histoire du jeu ni même son gameplay. Là j'ai encore plus envie de le tester, merci zordric.
Par contre, le 2 semblerait donc moins bon dans le fond, c'est ça ? Et est-il plutôt recommandé d'avoir fait le 1 pour se lancer dans le 2, ou bien sont-ils assez indépendants l'un de l'autre ?
Mais c'est joli et c'est dans le même style.
J'attendais beaucoup du 2 en étant fan du premier, je trouve que j'ai jeté de l'argent par les fenêtres lorsque je l'ai fini. Je ne l'ai jamais refait depuis contrairement au premier.
Dernière petite question : La version française du jeu a-t'elle été traduite dans notre langue ?
Confirmé par Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Parasite_Eve_(jeu_vid%C3%A9o)
Sinon j'ai jamais joué, j'en avais vaguement entendu parler, mais là , tout d'un coup, ça donne bien envie !
Merci Zordric pour cette chronique,
bonne continuation.
Très bien alors, on se contentera de la version US.
Très bien alors, on se contentera de la version US.
Personnellement, je l'ai fini au moins 5 fois
4 fois en anglais (j'avais tout compris, mais c'est vrai qu'il faut s'accrocher)
...et 1 fois en français !
Grâce à une team de traduction qui a fait un boulot à 99.99% parfait
ça se trouve là : http://www.rpg-t.net/
je précise qu'il existe un film japonais qui est plus tiré du roman que du jeu :
http://www.imdb.com/title/tt0119860/
J'ai bien aimé, mais c'est assez spécial, quand même
En espérant que ça intéressera certains...